Les longues soirées d’hiver

Thème : Les longues soirées d’hiver.
Expression : « Blasphème ».
Forme : Dialogue.
Contrainte : Un des personnages doit digresser en permanence.

–       J’adore ce silence.
–       Moi aussi.
–       C’est apaisant.
–       Oui. C’est vrai que ça repose. Surtout au milieu de toute cette nature. La montagne tout autour de nous. La tranquillité des grands espaces. Ça fait du bien. Ça change du métro, de la pollution, du bruit des voitures. Ici on respire de l’air pur, comme nos ancêtres il y a cinquante ans. Cinquante ans, qu’est-ce que je dis ? Cent ans ! Trois cents ans ! Il y a de plus en plus de monde dans le métro, non ? Enfin, j’ai l’impression. Mais ça me fait ça chaque année, si ça se trouve c’est moi…
–       Juste le bruit du feu qui crépite…
–       Oh oui ! Moi j’adore le feu, je trouve ça romantique.
–       Oui, c’est vrai que c’est propice à…
–       J’ai failli mettre le feu chez moi une fois ! Je te jure ! Je jouais avec des allumettes, quand j’étais gamine, c’est vieux, hein. Te moque pas, je suis pas si vieille ! Je me suis faite engueuler, je te raconte pas ! Comme la fois où j’ai tourné le bouton du gaz… Il chauffe pas très fort là, si ?
–       Viens plus près si tu veux…
–       J’étais une vraie casse-cou quand j’étais petite, j’étais tout le temps aux urgences. Tiens regarde mon menton, tu vois ? Ça, c’est le bord de la piscine chez mon grand-père. Et mon coude, là ? Ça c’est le terrain de basket derrière chez mes parents. Mais aujourd’hui ça va mieux, je te rassure. C’est vrai que t’es tout chaud toi. Mais je suis encore super maladroite. J’en loupe pas une ! Une catastrophe ambulante ! Mais sans le faire exprès, hein ? Quoi ? Pourquoi tu souris ?
–       Pour rien. Je te trouve jolie.
–       C’est malin. Je dois être toute rouge maintenant. N’empêche quand j’étais petite, j’ai failli gagner le concours du plus beau bébé. C’est mon tonton qui m’avait présentée, il était complètement gaga de moi et… Je…
–       Excuse-moi.
–       C’est pas grave. C’est surprenant. Inattendu…
–       J’ai eu envie de t’embrasser.
–       Oui, j’ai vu. Du coup, je sais plus quoi dire.
–       Ben, dis rien alors.
–       Je parle trop, hein ? Si ! Je sais que je parle trop. Je parle tout le temps. Je parle, je parle, je parle. Un vrai moulin. Mais des fois je sais me taire, hein ? Mais j’adore parler, c’est plus fort que moi, j’adore les mots aussi. Tiens, par exemple… Dis donc, tu pourrais me prévenir quand même. T’embrasse tout le monde comme ça ? C’est pas parce qu’on est tous les deux par hasard dans le même refuge qu’on… Enfin. Je disais, par exemple, blasphème, c’est un mot que j’adore, ou iconoclaste. Bon, c’est pas toujours facile à caser dans une conversation… Tiens, c’est marrant, c’est des mots religieux les deux. Je sais pas pourquoi. Un hasard, sans doute. Blasphème… Arrête de me regarder comme ça, ça me gêne. Quoi ?
–       Si je t’avoue que j’ai très envie de te faire l’amour, c’est un blasphème ?
–       Non.

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