Mes Tongs

Mes tongs, ça veut dire pas de réunion, pas de rendez-vous, pas de planning, pas d’analyse, pas de synthèse.

Pas d’action.

Mes tongs, c’est un téléphone en panne et un agenda en berne.
Mes tongs, c’est écouter le récit d’une vie de vieille dans la rue sans me dire que j’ai mieux à faire.
Mes tongs, c’est un signe extérieur de richesse, parce que le vrai luxe, c’est le temps.
Mes tongs, ça veut dire que je m’en fous.

– T’as vu, c’est Hollande qui est passé ?
– Mes tongs.

– Y a la dalle qui se fissure…
– Mes tongs.

– Moi, moi, moi, je pense aux gosses dans le Monde qui crèvent la dalle.
– Mes tongs.

– Tu devrais pas manger le brûlé, c’est cancérigène.
– Mes tongs.

Mes tongs, c’est un après-midi mots fléchés à l’ombre du mimosa, avec un diabolo menthe et des m&m’s.
Mes tongs, c’est la nappe qui s’envole dans le jardin à l’heure de la sieste.
Mes tongs, c’est une ligne à maquereaux qui frétille sur un bateau au corps-mort.
Mes tongs, c’est un mec qui joue de la gratte sur la terrasse d’un moules-frites, près du port.
Mes tongs, c’est du sable entre les orteils.

– J’ai du sable entre les orteils.
– Mes tongs.

Mes tongs, c’est la Grande Ourse et Cassiopée qui témoignent de l’usure des passions.
Mes tongs, c’est la saison où toutes les femmes sont belles et où je m’en fous.

– Mes tongs.
– Oui, bon…

Je m’en fous.
I’m a lonely boy.
I’m a lonely boy but mes tongs, c’est l’instant où une seule femme s’étend, à demie nue, dans la fraîcheur d’une chambre à demie close…
Mes tongs, tout le monde à la plage.
Mes tongs, aux pieds du lit.

Ça me va bien.

Mes tongs, c’est des péniches. Je pourrais marcher sur l’eau avec mes tongs. JC avait les mêmes mais lui, il se la racontait, genre « Mais si » ! Il avait pas compris le concept.

Autant de snobisme, ça me crucifie.

Mes tongs, c’est un blasphème en bonne et due forme. Une fringante envie de fouler au pied les convictions qu’on y croit.
Mes tongs, si ce n’est pas une absence totale de certitude, c’est au moins l’ombre d’un doute.
Mes tongs, c’est le galop du naturel qui revient.
Mes tongs, c’est la philosophie de l’absence de philosophie parce qu’en tongs, tu me marches sur les pieds, pour une fois, je dis pas pardon.
Mes tongs, c’est un postulat de départ, le presque début d’une autre vie.

Un démarrage en côte à la première leçon de conduite.

Mes tongs, c’est un doigt d’honneur dans une moufle, à la face de l’impossible. Une rébellion intime et discrète.

Un petit poème en prose qui lui dit guillerettement « je t’emmerde ».

Mes tongs, c’est une envie furtive d’arrêter, sans colère, juste comme ça.

J’arrête.

Mes tongs, c’est les pompes que t’aimerais enfiler les jours où tu relèves la tête et où tu te dis putain je sers à rien.

Mes tongs, depuis le temps…

Qu’est-ce que j’ai bien pu en foutre ?

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4 Commentaires

Classé dans Récits

4 réponses à “Mes Tongs

  1. Bota

    Au fond à droite…

  2. Bota

    Putain c’est beau ! J’ai rien compris mais putain que c’est beau !!!
    Content que tu aies remis tes tongs pour réécrire mon pote !
    La suite ! La suite !

  3. … Un doigt d’honneur dans une moufle … Mais où va t il chercher tout ça ?

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