Lettre ouverte à Benoit XVI

Coucou mon Benoit,

Comment ça va ? J’espère que ton petit pot de départ s’est bien passé et que ta retraite s’organise comme tu veux.
Tu sais, j’étais inquiet pour toi ! Tes prédécesseurs n’ont pas tous réussi à décrocher à temps et la plupart sont morts au travail, parfois en piteux état.

Je voulais te demander, pourquoi tu as choisi de t’appeler Benoit ? Moi j’avais parié sur Pie. Quand mon Jean-Paul s’est arrêté de trembler et qu’il est passé de vie à trépas, j’ai parié que le prochain pape serait jeune et j’ai parié qu’il s’appellerait Pie… Et tchac !
Te voilà pas Pie.

Je t’écris parce que des gens mal intentionnés disent que mon François, il est en train d’affamer le peuple au nom de ses convictions. Tu te rends compte ? Les gens sont ingrats, mon Benoit. J’ai cru comprendre que l’Eglise avait été victime des mêmes critiques, absurdes et infondées,  il y a longtemps. Je voulais savoir comment ça s’était fini pour vous. Si vous êtes toujours là aujourd’hui, je suppose que c’est parce que le peuple vous a rendu raison ? Le Pape de l’époque, il a dû faire une lettre, comme toi avec les Irlandais et puis c’était réglé, non ?

Bravo pour cette lettre, d’ailleurs.

 […] En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, et je suis disposé à le refaire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux. […]

 Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants

Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. […]

Moi, j’écris des lettres qui ne servent à rien, mais alors toi, quand tu prends la plume, mon Benoit ! On sent toute ta colère et toute la force de ta détermination ! Mon seigneur Charles J. Sciluna a affirmé que sur 3000 accusations de pédophilie à l’encontre de prêtres, entre 2001 et 2010, le Tribunal de la Congrégation de la Foi n’en aurait jugé que 600. Dans 10% des cas, les prêtres auraient été défroqués, dans 60% des cas, ils auraient eu des sanctions disciplinaires, comme l’interdiction de célébrer la messe.

Je dois avouer qu’en matière de justice, vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère ! C’est comme mon François avec l’emploi, quand vous vous attaquez à un problème, vous mettez le paquet ! Laisser les coupables régler leurs comptes seuls avec Dieu, c’est peut-être un peu violent comme sanction mais ça a au moins le mérite d’être exemplaire et hautement dissuasif.

Les rapports Ryan et Murphy ont révélé, en 2009, le système organisé pour étouffer les affaires de pédophilie en Irlande. Le primat d’Irlande, mon seigneur Sean Brady, s’est excusé. Du coup, c’eut été vraiment dommage de ne pas le garder. Tu as bien fait.

Des gens médisants disent que tu as mal fait ton job. Laisse-les parler ! Ne les écoute pas ! Les gens sont pervers, mon Benoit ! 14500 enfants victimes d’abus sexuels, rien qu’en Irlande… Les gens pourraient quand même faire l’effort de comprendre que tu ne peux pas écrire une lettre personnalisée à chaque famille ! Et les Allemands qui râlent encore parce qu’ils ont pas eu leur lettre à eux ! Bon, c’est vrai, que dans Word, un copier-coller, remplacer « irlandais » par « allemand », ça t’aurait pris 5 minutes, à tout casser…

Mais franchement, tu vois mon François écrire une lettre à chaque personne qui se serait sentie, un jour, abusée par l’Etat ? Il y passerait ses journées. Surtout en ce moment.

14500, c’est 45% de plus que les emplois d’avenir créés par mon François pour dépuceler le chômage. Si le Gouvernement créait les emplois comme les prêtres violent les enfants, on serait au plein emploi.

Que ce soient les prêtres qui violent la confiance des français ou les politiques qui tripotent des petits garçons, comme disait le poète, un compatriote de mon Gérard, « il faut bien que le corps exulte »… Les français le comprennent, ils consentent.

Il y a bien des gens en France dont c’est le métier de créer de l’emploi. Mais mon François, il a pas confiance. Il dit que dans entreprendre, il y a prendre et du coup, il apprend à tout le monde à donner plus.
Donner plus de travail, non. Il faut être honnête, mon François, le travail, ça n’a jamais été vraiment son truc. De toute façon, lui, il s’en fout, il en a un pour 4 ans et il sera payé jusqu’à la fin de ses jours. C’est lui qui a la meilleure assurance chômage et la meilleure retraite, mais c’est pas volé.
Donner plus d’argent, en revanche, oui. Des gens mal intentionnés lui ont dit qu’augmenter encore le coût du travail serait préjudiciable à l’emploi. Mon François, il écoute beaucoup mais, pour utiliser une formule consacrée : « Dieu merci », il n’entend pas toujours très bien. Du coup, il a fait exactement tout ce qu’on lui disait de ne pas faire. Ouf !

Il a vu ce qui se passait en Italie et en Grèce, il a suivi les mêmes axes politiques. À la lecture de ce constat, les gens les plus fragiles, sur les plans émotionnel et intellectuel, et surtout les plus vulgaires, seraient tentés de dire qu’il est con. Je le sais parce qu’instinctivement, ça a été ma première réaction. Tu sais ce que c’est, mon Benoit, on dit des choses, on s’emporte… Et puis après, j’ai compris ! Je vais avoir du mal à t’expliquer parce que c’est quand même très compliqué mais ce qu’il faut retenir, c’est que c’est pas aussi simple !

Dans son malheur, mon François, il a une chance, il est bien entouré. Sur 38 ministres et ministres délégués, 11 viennent de l’Éducation Nationale, 8 sont juristes, 8 sont sortis de l’ENA ou de Sciences-Po, 4 ont commencé des études d’Histoire avant de faire de la politique, ou le contraire, 3 sont médecins, une urbaniste, un journaliste spécialisé environnement, une réalisatrice et le dernier on sait pas trop, mais ce qui est sûr, c’est qu’aucun ne vient du monde de l’entreprise. L’honneur est sauf.

Un jour, mon François, il a écrit ça :

« Le débat sur l’identité nationale aura donc accouché d’une commission. C’était la formule que Clémenceau utilisait pour moquer, sous la IIIe République, les gouvernements qui ne savaient plus que faire de leurs mauvais projets ».

Il est mordant, mon François, tu sais ? Moi, blague à part, j’aime bien cet humour !
Et puis quelques mois plus tard, il a écrit ça :

Décret n° 2012-875 du 16 juillet 2012 portant création d’une commission de rénovation et de déontologie de la vie publique

Mon François, contrairement à certains humoristes, il se prend pas au sérieux. C’est pour ça qu’il est drôle.
Il a dit à mon Lionel, c’est un cycliste de l’île de Ré, qu’il lirait son rapport avant la fin de son mandat. Et pour le non cumul des mandats, ils sont en train de réfléchir, ça sera soit 2014, soit 2017.

Je t’envoie une petite vidéo de mon François quand il était jeune. Regarde comme il était drôle déjà ! Regarde l’humilité avec laquelle il dissimule son ambition ! Regarde l’homme du peuple, comme il singe les grands de ce Monde, en leur disant à demi mot : tremblez, puissants, le jour où vous devrez rendre des comptes arrivera ! Regarde ce courage qui le mène, quitte à en être incompris et désavoué par les hommes et les femmes du peuple, à noyauter le pouvoir, pour leur rendre justice, le moment venu…

En attendant ce jour, mon Benoit, profite bien du temps qu’il te reste. Si tu croises mon Jésus, un jour, plus tard, rassure-le pour cette histoire de galette s’il te plait. Ce n’est pas de sa faute.

Bisous

Boris

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2 Commentaires

Classé dans Actualités, Correspondance

2 réponses à “Lettre ouverte à Benoit XVI

  1. ced

    Amen !
    Très drôle celui-là ! Et bien documenté !
    Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu lui en veux à ton François

  2. ced

    Moi tu me diras, je m’en fous, je n’aime pas les riches…

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