OUIGO

Il y a quelque chose qui chante dans le nom. Quelque chose de joyeux. C’est une petite révolution. Le transport ferroviaire se démocratise. Enfin ! Des trains low cost ! Pour une somme modique, on peut descendre voir un vieux tonton dans le sud ou monter voir la petite cousine à Paris. Des affiches bleues et roses indiquent le chemin un peu partout dans la gare. C’est sobre. De prime abord, on pourrait penser que c’est l’oeuvre d’un graphiste neurasthénique… Le concept est en réalité très réfléchi. Les couleurs sont vives. Le même message est répété tous les 15 mètres. Personne ne passe à côté sans le voir.

Sauf moi, bien sûr.

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Paraîtrait que j’aurais une intuition supérieure à la moyenne. Je capterais des choses… Je verrais et percevrais des trucs que… Mon inconscient aurait la faculté de déceler des signes, invisibles pour la plupart des gens. Ce serait dingue, non ? Si c’était le cas, ça serait vachement pointu parce que plus c’est gros, moins je le vois. La première fois que j’ai pris un OUIGO au départ de Marne la Vallée, j’ai fait trois fois le tour de la gare avant de voir une de ces saloperies d’affiches.

Aujourd’hui, je ne prends pas un OUIGO. Je prends un train SNCF classique, plus cher. Nantes n’est pas encore desservie par OUIGO. On espère que ça viendra…

Le confort est un peu plus rudimentaire dans les trains OUIGO. On a moins de place pour les jambes, quasiment aucune pour les bagages. C’est pourquoi on est limité à une valise, avec des dimensions précises à respecter. Comme dans l’avion. Sans soute.

Franchement, pour le prix, on peut bien sacrifier un peu de confort.

À Marne la Vallée, pour prendre son train OUIGO, ça se passe comme ça :

  • On monte au niveau 1 de la gare.
  • On va à un bout de la gare. On ne peut pas se tromper, on suit le flot des passagers. À ce bout de la gare, les portes coulissantes qui nous permettraient de redescendre pour accéder au quai sont condamnées.
  • On emprunte donc un long couloir qui nous emmène à l’autre bout de la gare.
  • Là, il y a un poste de contrôle. Des agents OUIGO, habillés aux couleurs OUIGO vérifient nos billets, refoulent les gens qui ne respectent pas le nombre limité de bagages et demandent parfois de présenter une pièce d’identité. La dernière fois, je n’avais que mon permis de conduire sur moi. Je le tenais au chaud dans une poche, fermement résolu à ne pas leur montrer. J’avais déjà un « Je l’ai pas » insolent au bord des lèvres. Ils ne me l’ont pas demandé. Tant mieux.
  • Une fois le contrôle passé, on emprunte l’autre long couloir qui nous ramène à notre point de départ, de l’autre côté des portes coulissantes.
  • On redescend au niveau 0.
  • On retraverse la gare en empruntant un couloir a giorno.
  • On descend au niveau -1.

Aujourd’hui, je ne prends pas un OUIGO.

Aujourd’hui, j’ai tout le loisir d’observer les passagers OUIGO se faire balader dans la gare comme un troupeau de chèvres. Ils sont disciplinés. Il marchent au pas.
D’où je suis, je les vois monter et redescendre, traverser les couloirs, s’entasser au poste de contrôle où des employés sans cervelle, payés une misère, leur demandent de montrer patte blanche. C’est les consignes. C’est les ordres.
Les enceintes de la gare semblent être reliées directement au parc d’attraction pour cracher sur nous la musique du Monde Merveilleux de Disney. Ça rend la scène… Magique !
D’où je suis, je n’entends que ça. Je vois bouger les lèvres de ces pauvres âmes en transit qui avancent à pas lents. Mais je ne les entends plus.

La masse avilie n’a rien à dire. Elle n’a qu’à suivre les affiches bleues et roses. Qu’elle s’estime heureuse. Un jour, plus tard, dans un futur plus ou moins proche, le bleu et le rose seront peut-être sur deux affiches distinctes. Comme à l’époque où le transport était gratuit mais la destination incertaine.

J’ai la désagréable sensation qu’on nous prépare.

La crise est là pour ça.
Le low cost nous habitue progressivement à la perte de confort.
Aux restrictions.
À la déshumanisation.
Au conditionnement.

Mon inconscient aurait la faculté de déceler des signes, invisibles pour la plupart des gens.

Le concept est en réalité très réfléchi. Les couleurs sont vives. Le même message est répété tous les 15 mètres. Personne ne passe à côté sans le voir.

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Bon voyage avec OUIGO !

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3 Commentaires

Classé dans Récits

3 réponses à “OUIGO

  1. Xav

    Effectivement, je m’étais fait la réflexion à Marne la Vallée..Ca fait un peu « on isole les gens qui n’ont pas les moyens de se payer un « vrai » billet de train du reste de la gare ». Tu peux pas vadrouiller et descendre sur le quai comme tu veux, non, non, il faut passer dans la file Ouigo.

  2. Anonyme

    Ben là, on voit bien que c ‘est un article écrit par un gars d’la ville, parce que j’ en ai gardé des chèvres, et je peux te dire que pour les faire marcher au pas, ou seulement leur faire faire un truc qu’ elles n’ ont pas décidé, ben tu peux te lever de bonne heure. De là à penser que la chèvre est plus maline que l’ homme…

    • Bo

      Ah ah ! (Je me marre) De la ville, oui, ou pas d’une campagne à chèvres, j’avoue. Mais un gars surtout qui a failli ne pas rester gars, à l’image d’une simple expression : devenir chèvre. 🙂

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