Billet mou

Hier, j’ai lu ça :

Cher Philippe Geluck – « Billet dur » par Christophe Conte

Et puis j’ai vu ça :

Philippe Geluck sur la « une » de Charlie Hebdo : « il y a une vraie réflexion à faire »

J’ai eu envie de te répondre, mon Christophe.

On l’aura compris, ou pas, les mots, tout comme les images et les dessins, ont des pouvoirs formidables. Ils peuvent guérir ou blesser, selon l’usage qu’on en fait.
Sous ta plume à toi, mon Christophe, les mots deviennent kalachnikov. Toi, tu blesses, sans remord.

Mon Philippe exprime la blessure des musulmans qu’il a entendu, le risque de méprise quant aux intentions de l’auteur du dessin, sa responsabilité dans la possibilité d’alimenter une mé-communication, et on a l’impression que tu voudrais l’abattre. Qu’est-ce qu’il y a dans ce qu’il dit que tu ne veux pas entendre ? Qu’est-ce qui te fait peur ? Qu’est-ce qui t’a mis en colère exactement, mon Christophe ? Je t’imagine devenir tout rouge, tout rouge, et taper de ton petit pied rageur en couinant comme une petite loutre blessée… J’ai mal pour toi, ça me fait de la peine, mon Christophe. Qu’est-ce qui s’est passé ? Hein ? Qu’est-ce qui fait que tu t’es arrêté sur le mot « dangereuse » et que tu n’as pas retenu tout ce qui précède ?
Ne me dis pas que c’était le prétexte à un bon papier, je ne te croirai pas.

Quand Diana est morte, on s’est interrogé. La faute à qui ?
Il y a eu des débats sur les limites éthiques à la liberté de la presse. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, le fait de se poser la question témoigne juste un peu de notre humanité.
C’est ce qui nous fait avancer. Tous.

Pourquoi toi tu recules, mon Christophe ?

Pourquoi se borner à brandir l’étendard de la liberté d’expression sous le nez de la souffrance des autres ?
Ne pourrait-on pas prendre le temps, maintenant, d’écouter ?

J’entends dire : « Il n’est écrit nulle part qu’il est interdit de représenter Mahomet ! »
Et alors ? S’il y a des gens que ça blesse… Pourquoi chercher à avoir raison ? Est-ce que ça ne revient pas à nier ce qu’ils ressentent ? Dans quel but ?

Bien sûr qu’on a le droit de tout dire ! Tant mieux ! Et en même temps, à partir du moment où on réalise l’impact qu’a sur autrui ce qu’on exprime et surtout la manière dont on l’exprime, en persistant à l’exprimer, bien qu’exactement de la même manière, le message initial s’alourdit d’un message supplémentaire ! On a la responsabilité de ces deux messages.

Je comprends ta colère, mon Christophe,  pour toi c’est important d’avoir « des couilles » et de les montrer ! Pour toi, mon Christophe, la valeur la plus importante, avant le respect de l’autre, c’est le respect des droits ! Et le courage, pour toi, mon Christophe, c’est de ne surtout jamais se remettre en question, au risque de déroger à cela.
Et pourtant chaque droit est naturellement assorti d’un certain nombre de devoirs moraux.
Le photographe avait le droit de poursuivre Diana pour faire son cliché.

« Si elle était pas contente, l’avait qu’à porter plainte ! »

Je comprends ta colère, mon Christophe, et je suis ravi que tu aies à la fois les capacités et la tribune pour pouvoir l’exprimer, la faire entendre, l’évacuer, passer à autre chose. Tout le monde n’a pas cette chance peut-être.

Jusqu’à présent, on n’avait peut-être pas compris, on n’avait peut-être pas entendu la blessure. C’est ça qu’il dit, mon Philippe.
Et maintenant qu’il l’a dit, on ne peut plus faire comme avant.
Il ne s’agit plus vraiment de « plier aux injonctions irrationnelles et meurtrières de quelques fous », mais justement d’écouter les gens sensés.
Il s’agit d’essayer de voir si sous l’écran de fumée de cette explosion de barbarie, il n’y a pas d’autres souffrances que la tienne.

Il s’agit d’essayer de se sortir grandi de tout cela, de ne pas considérer qu’il faut que les choses soient noires ou blanches, de ne pas résumer la question à pour ou contre, de ne pas scléroser la pensée par des automatismes réactionnaires mais d’être ouvert à la discussion et à la divergence.

Et toi, mon Christophe, tu continues à braire :

–  J’ai le droit de le dire !
–  Je suis blessé.
–  Oui mais j’ai le droit de dire ce que veux !
– Je ne te le retire pas. J’aimerais juste que tu comprennes que ce que tu dis me fait du mal.
– J’ai le droit de le dire ! Tu veux m’empêcher de parler ?
– Pas du tout. Je voudrais que tu comprennes que je me sens blessé.
– J’ai le droit de le dire !
– En fait, tu t’en moques de ce que ça provoque chez moi ?
– Non mais on a le droit de dire !
– Je crois qu’en fait, cette personne se sent blessée, c’est ça qu’elle veut dire…
– Quoi ? Comment ? Alors toi aussi tu retournes ta veste ? Tu sombres dans la bienséance et le consensuel ?
– Pas du tout…
– T’as rien compris ! J’ai le droit de le dire ! Lâche !

Dans 150 ans, tu auras oublié de quoi il s’agit mais tu continueras à dire que tu as le droit de le dire. Merci mon Christophe. Heureusement grâce à toi on rigole un peu !

C’est parce qu’on prendra le temps de l’écoute comme le fait mon Philippe qu’on pourra co-construire un monde un peu meilleur.
C’est parce que des petites loutres blessées sont prêtes à partir en croisade au nom d’une idéologie qu’on risque d’échouer.

Allez… Bisous mon Christophe !

Et tu peux continuer à tirer dans le tas. T’as des balles en mousse.

Publicités

3 Commentaires

Classé dans Actualités

3 réponses à “Billet mou

  1. Anonyme

    zut on voit pas le ça ! Y’a un vide et pas d’images… du coup je comprend moins bien…

  2. Joseph

    Très bonne réponse, rien à ajouter, mais une envie de signifier ma reconnaissance.
    Merci.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s